Le parcours indyscutable d’un dys

Le parcours indyscutable d’un dys
02.04.2024 Témoignages Temps de lecture : 6 min

Découvrez le témoignage de Christophe Chauché sur son parcours de dys

Je m’appelle Christophe CHAUCHE et je suis dyslexique, dysorthographique, dysphasique et dysgraphique. Cela fait beaucoup de choses pour une seule personne mais j’aurai pu être aussi dyscalculique.

Mes parents se sont rendu compte de mes difficultés de langage et de la grande fatigue qu’occasionnaient mes tentatives d’expression orale et surtout de ma maladresse. J’étais difficilement compréhensible, même par ma famille et je me vexais très facilement face à l’incompréhension de mes proches. C’est une source de frustrations et de colères.  Parallèlement à mes difficultés de langage, mon entourage a noté que j’étais malhabile et aussi très fatigable physiquement. Quand je prends un objet, je le laisse tomber sans le vouloir…

Ma scolarité était chaotique. Mes institutrices avaient le sentiment que je ne travaillais pas et que je le faisais exprès.

J’avais l’impression d’apprendre une langue étrangère, je ne comprenais rien. Les mots n’avaient aucun sens, - vraie salade composée – ils n’avaient pas de saveur, ni de contenu. On aurait pu me parler en chinois, j’aurais ressenti la même chose.

La réalisation des devoirs était une galère.  Ma mère perdait patience et je me faisais réprimander, ce qui finissait par me bloquer. C’était un véritable cercle vicieux. Les devoirs ressemblaient plus à combat, à une épreuve de force. Je traînais les pieds pour les faire et je trouvais toujours une excuse pour ne pas les faire. J’avais peur de me faire réprimander et de me tromper.

De la classe du CP aux CM2, j’ai vu plusieurs orthophonistes. Je ne comprenais toujours pas mes difficultés et je n’osais même pas poser de questions. Pourtant on m’a dit que j’étais dyslexique.

Qu’est-ce que c’est ce truc-là ? Une maladie bizarroïde ? Un plat exotique ?

J’avais le sentiment que tout cela était une affaire entre adultes : mes parents et les orthophonistes. Alors pourquoi aurais-je dû fournir des efforts ? J’ai cessé les séances d’orthophonie à la rentrée en 6ème. Quel soulagement ! Car j’en avais vraiment assez et je ne pouvais plus les voir même en peinture.

Durant cette année scolaire, mes parents ont effectué différentes recherches en vue de mon orientation scolaire et professionnelle, conscients de mes difficultés et de mon manque de motivation. Ils ont éliminé de leur champ de recherches, les filières manuelles. J’ai retenu leur proposition de faire un BEP en comptabilité, en deux ans, car je ne me défends pas trop mal en mathématiques. Lors de la première année, malgré une classe très chargée, je me sentais plus à ma place et moins en échecs, je commençais enfin à respirer. Les enseignants sont plus attentifs et même si je découvre un nouvel univers, je sais enfin où je vais, avec un métier à la clef. Je maîtrise bien les matières suivantes : les mathématiques, la comptabilité, l’informatique. Mes points faibles restent : le français, l’anglais et la dactylographie.

Cette année-là, mes parents me proposent d’aller faire un bilan d’orthophonie. J’y vais pour leur faire plaisir mais sans grande conviction. Mais surprise ! Je rencontre une orthophoniste attentive qui prend le temps de faire un bilan complet et de m’expliquer mes résultats. Elle m’expose mes difficultés, mais aussi mes points forts. Elle a su alors dédramatiser la situation et surtout me rassurer.

Elle a eu une phrase qui m’a marqué : « tu es intelligent et tu vas réussir ». Enfin une projection positive qui m’a permis de bien progresser. Elle m’a aussi enfin donné le diagnostic : je suis dysphasique : « trouble sévère du langage affectant la représentation mentale, orale et graphique » Ce fut pour moi, le déclic, je sais enfin quel est mon mal.

Après l’obtention de mon BEP, j’ai poursuivi mes études vers un Bac Professionnel en comptabilité. Que j’ai réussi, moins brillamment que mon BEP, avec une moyenne de 12 sur 20 en note finale.

Après mon service national, la rentrée dans la vie active a été particulièrement difficile par plusieurs raisons mais par un déni de mes difficultés lié à mes troubles dys. Car dans mon raisonnement, les troubles dys étaient synonyme de difficulté scolaire. Je suis sorti du système scolaire donc mes troubles dys avaient disparu. Erreur majeure que j’ai comprise bien plus tard.

A un moment donné fasse à mes difficultés et sous les conseils de mon médecin, je réalise un bilan complet auprès du Centre de Références des troubles des apprentissages à l’hôpital Edouard HERIOT de LYON. Ce bilan confirme effectivement l’existence de difficultés persistantes. Je décide de reprendre un suivi orthophonique mon seul objectif étant de progresser, sans me mettre de pression d’aucune sorte. Lors des deux années, j’ai effectivement progressé sur le plan de l’oral et de l’écrire. En 2003, je me décide de demander une reconnaissance de travailleur handicapé à cause de ma dyslexie et dysphasie. Malgré tous les préjugés négatifs que j’avais sur le monde du handicap. Mais c’est un pari réussi car j’ai pu enchainer des contrats plus facilement jusqu’à rentrer dans la fonction publique d’état.

J’ai intégré le comité handicap de mon ministère afin de renouveler le plan handicap et suivre les actions.

J’ai repris également mes études en passant un D.U de pair-aidant.

L’avenir me réservera de belles choses encore.

christophe Chauche

 

couverture du livre notre meilleur copain

Christophe Chauché est aussi l’auteur du livre « notre meilleur copain. Comment expliquer la dysphasie aux enfants« .
Un récit écrit par un adulte dysphasique pour que d’autres, dans la situation qu’il a connue lors de sa scolarité, puissent bien s’intégrer dans un environnement scolaire.

Editions Tom Pousse, 2013

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