Harcèlement et handicap

Harcèlement et handicap
28.06.2023 L’essentiel Temps de lecture : 7 min

Moqueries, insultes, intimidations, menaces, agressions… Le harcèlement peut prendre de nombreuses formes et entraine des répercussions sur la santé de la victime. Les faits de harcèlement sont sanctionnés et il est donc nécessaire d’en parler et de ne pas les laisser s’installer.

Comment réagir face à une situation de harcèlement ? Qui peut aider ? Cet article informe sur les façons de la reconnaître, de la prévenir et donne des pistes sur les comportements à adopter

Le harcèlement, c’est quoi ?

« Le harcèlement se définit comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Cette violence se retrouve aussi au sein de l’école. Elle est le fait d’un ou de plusieurs élèves à l’encontre d’une victime qui ne peut se défendre. »
https://www.education.gouv.fr/non-au-harcelement/le-harcelement-c-est-quoi-325361

C’est généralement un phénomène de groupe sans que les personnes imaginent que cela soit négatif. Le harcèlement relève aussi parfois de l’expérimentation du pouvoir sur autrui. Dans les situations de harcèlement, se joue la place que la personne a dans le groupe.

Plusieurs niveaux :

  • Nuire de façon volontaire : assez marginal
  • Tester, expérimenter jusqu’où on peut aller : plus insidieux, l’intention de départ est différente, il y a une montée en puissance, le résultat est identique pour l’enfant harcelé, mais l’intention de départ de l’enfant harceleur est différente
  • Regarder, ne rien dire

Quelles sont les spécificités lorsque la personne harcelée est en situation de handicap ?

Le handicap est un phénomène de loupe, d’amplificateur par rapport aux situations de harcèlement pour tous les enfants. Il accentue les failles, les difficultés.
  • L’élève en situation de handicap peut ne pas avoir toutes les compétences pour réagir
  • L’élève en situation de handicap peut avoir des difficultés à exprimer ses émotions/ressentis et le groupe peut penser qu’il n’est pas touché par les moqueries ou insultes
  • Il peut déjà se sentir en infériorité
  • Il peut avoir un besoin accru d’appartenir au groupe ou bien des difficultés d’appartenance à un groupe et se trouver en situation d’isolement, donc plus vulnérable
  • Il n’est pas dans la norme, dans l’esprit des autres élèves donc plus facilement une cible
  • On apporte peu ou moins de crédibilité à la parole de l’enfant handicapé. Les adultes peuvent plus facilement minimiser ce qu’il dit, reporter la faute sur son éventuel comportement atypique…
  • Les adultes perdent leurs repères et ont des réactions décalées, retardées, inadaptées. Les adultes ne se sentent pas compétents
  • Les adultes réagissent en fonction de leurs propres représentations du handicap
  • Lorsqu’un enfant/ado en situation de handicap fait une action « décalée », « inadaptée » ou qui va générer du malaise, des moqueries…  Les adultes expliquent la situation sur une déviance de l’élève en situation de handicap, sur le fait qu’il est en situation de handicap et n’ont pas le réflexe de questionner l’élève sur les raisons de son comportement. On s’arrête au handicap sans aller questionner la cause.

Que faire ?

  • Accompagner les jeunes victimes de harcèlement mais aussi ceux qui harcèlent et ceux qui ne disent rien
  • Le harcèlement doit être traité de manière collective par toute l’équipe éducative (professeurs, vie scolaire, personnel administratif, personnel de la restauration scolaire, etc.)
  • Enquêter, prendre au sérieux toute alerte, ne pas « normaliser », ni minimiser.
  • Créer une Charte de bonne conduite
  • Réflexion collective sur ce qu’est la délation et le consentement
  • Actions d’informations sur les droits des élèves en situation de handicap
  • Il est essentiel que les adultes, notamment de la vie scolaire, sachent réagir et se positionner. S’ils ne se positionnent pas, ils laissent la porte ouverte à la suite, pour d’autres railleries et expérimentations
  • L’entraide est moins facile et évidente pour les élèves avec un trouble de la conduite ou une déficience intellectuelle que pour les élèves avec une déficience sensorielle ou motrice.
  • Il faut sensibiliser les adultes sur le fait que les adultes se permettent des « taquineries » avec certains élèves, parfois pour assoir une certaine autorité, souvent sur les élèves les plus fragiles. Ils donnent un exemple et laisser les élèves penser que c’est permis.
  • Mener des actions permettant le travail sur la collaboration vie scolaire et enseignants
  • La victime peut être considérée comme ayant provoqué, n’ayant pas fait attention. Il est essentiel de travailler avec les adultes et les enfants/ados sur les notions de « gravité », de « consentement ». Dans les critères et les frontières la moquerie n’en est plus une lorsqu’elle est dégradante, humiliante, non consentie, à sens unique.
  • L’axe Infos peut être pris, notamment auprès des élèves « Et vous, quel rôle avez-vous à jouer ? »
  • L’important est de dire aux élèves qu’il faut oser parler des situations qu’ils trouvent anormales
  • Identifier l’adulte ou les adultes à qui les élèves peuvent parler, se confier
  • Réfléchir avec les enfants et ados sur « comment j’identifie que je suis en train d’harceler l’autre ? »
  • Les adultes peuvent avoir une réaction immédiate et il est très important qu’ils aient une analyse dans un second temps, une reprise, qu’ils donnent une explication, verbalisent,… Il faut permettre que les enfants (et adultes) ne restent pas dans « c’est à cause du handicap », « c’est l’élève handicapé qui a eu un comportement déviant. Il est incontournable de donner du sens à ce qui s’est passé.

Il faut que les adultes prennent conscience de leur rôle de décryptage. On entend souvent « cà le/la fait rire » : l’adulte doit dire aux jeunes que le rire n’est pas un consentement et à l’élève harcelé qu’il a le droit de dire non et de ne pas rire.

L’adulte doit avoir conscience qu’il peut ne pas tolérer un phénomène, des comportements mis sur le compte de l’adolescence. Il doit dire aux adolescents que la façon dont ils se traitent ne lui convient pas. Ce n’est pas parce que tous les ados réagissent ainsi, se considèrent ainsi que l’adulte doit banaliser et valider, par des mots ou par l’absence de positionnement.

Toutes les actions d’informations et de sensibilisation doivent permettre de libérer la parole. Dans un groupe de sensibilisation, à un moment, des élèves en parlent devant les autres (qu’il soit harcelé, harceleur, témoin de harcèlement), cela montre aux autres qu’ils ont le droit de dire.

Il est essentiel que les élèves sachent à qui en parler.

Exemple : L’installation d’une ULIS dans un collège peut être accompagnée. Sensibilisation pour prévenir le harcèlement avec :

  • Soirée d’informations auprès des parents d’élèves (par exemple qu’est-ce qu’une ULIS ?)
  • Actions de sensibilisation auprès des professeurs et de l’ensemble d’une équipe de l’établissement scolaire
  • Actions de sensibilisation auprès des élèves

Des ressources et outils pour sensibiliser

La plateforme Lumi met en ligne une vidéo explicative :
https://www.lumni.fr/video/c-est-quoi-le-harcelement-a-l-ecole-1-jour-1-question

Le programme de lutte contre le harcèlement pHARe. Il est obligatoire dans tous les collèges et toutes les écoles élémentaires
https://www.education.gouv.fr/non-au-harcelement/phare-un-programme-de-lutte-contre-le-harcelement-l-ecole-323435

Le programme “Non au harcèlement” des petits citoyens
https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/2021-09/guide-p-dagogique-non-au-harc-lement-93848.pdf

complété par un guide pédagogique à destinations des professionnels
https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/2021-09/guide-p-dagogique-non-au-harc-lement-93848.pdf

Mon parcours Handicap : focus sur l’élève en situation de handicap
https://www.monparcourshandicap.gouv.fr/actualite/comment-proteger-son-enfant-en-cas-de-situation-de-handicap-face-au-harcelement-scolaire


Il existe également des livres comme outils de sensibilisation et de support à la réflexion, au dialogue, …quelques exemples :

Le harcèlement – Sandra Laboucarie ; Sandra de La Prada – Milan (Mes p’tites questions) – 2018

Harcelés Harceleurs –  Dr Dolto ; Colline Faure-Poirée –  Gallimard Jeunesse (Mine de rien) – 2019

Seule à la récré – Ana & Bloz – Bamboo éditions – 2017

Le petit livre pour dire STOP au harcèlement à l’école – Nadège Larcher ; Juliette Sausse ; Clotka – Bayard Jeunesse – 2020

Classe de mer – Benjamin Taïeb ; Marie Eyquem – Les Enfants rouges – 2022

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