Ecrit par Mathilde - 09 juillet 2019
Salle d’attente
Vous connaissez les longues minutes (heures...) dans les salles d'attente des médecins, des hôpitaux...
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mains d'un enfant dans une salle d'attente

Je regarde ma montre, nous attendons depuis presque une heure dans cette pièce qui sent le plastique.

 - Maman, j’ai marre.
- je sais ma puce, je sais, mais ce rendez-vous est important.
- je veux pas c’est important, j’ai marre, je veux voir mes copains.
-je comprends ma puce que tu préfères être avec tes copains, mais on n’a pas le choix. Si on veut que tu grandisses bien, il faut qu’on rencontre ce médecin, il va pouvoir t’aider à bien grandir. 
- je veux pas m’aider, je veux pas grandir. Je veux être avec mes copains.

Je connais le scénario par cœur, à tous les rendez-vous on se dit la même chose. Dans quelques instants, elle va me dire avec ses mots et ses tournures de phrases alambiquées que ça l’énerve quand on lui demande son nom et sa date de naissance, elle m’avertit dès maintenant qu’elle refusera de répondre. Elle ne comprend pas pourquoi on lui pose toujours les mêmes questions, elle n’a pas envie de répondre, elle n’a pas envie d’être là. Sa seule préoccupation est de savoir si elle va rater le repas avec les copains, si elle sera encore à l’hôpital à la récré. Elle me pose sans cesse la question, elle attend une garantie que je ne peux lui donner.

Moi aussi j’en ai ras la casquette d’être là. J’ai regardé tous les détails de la salle d’attente des centaines de fois déjà. Nous avons lu tous les livres déchirés dans les bacs. J’ai suivi les lignes du carrelage au sol, tracé les contours des chaises, contemplé les reflets de la lumière sur le sol et mes chaussures.

Tous les quarts d’heure, je refais mentalement le compte des heures supplémentaires effectuées au travail pour savoir si j’ai assez d’heures en réserve pour compenser le temps passé à l’hôpital. Je redoute qu’on me dise que j’ai trop de rendez-vous, que mon emploi du temps est trop discontinu. J’aime beaucoup mon travail.

Il y a encore deux enfants avant ma fille. Leurs prénoms défilent sur un écran, ou plutôt une version anonymisée de leur identité : PEN ANT, KIL ADJ, THO SEG…attendent leur tour. Les autres parents ont les yeux fixés sur les noms qui défilent. Quand c’est leur tour, le numéro du box dans lequel ils sont attendus apparaît et clignote. L’ambiance lasse est alors rompue par un mouvement vif. « Vite, lève-toi, c’est à nous ! ». C’est à croire que si l’on ne se dépêche pas, quelqu’un prendra la place. Cela me fait penser aux halls de gare, dans lesquels les gens végètent, assis sur leurs valises, jusqu’au moment où le numéro du quai de leur train est révélé à l’écran. Alors soudain, les jambes se déplient, les manteaux s’enfilent à la va-vite, tout s’agite, le train annonce son départ.

A l’hôpital, l’agitation se doit de rester intérieure. Inutile pour le parent de se montrer impatient, cela ne change rien. A l’extérieur, la vie a continué. Les copains ont fini de manger depuis bien longtemps et sont retournés en classe. Mes collègues ont bu le café et les tablettes de chocolat ont déjà été rangées. 

Quel sentiment intense d’impuissance, de lassitude, de temps perdu…

Je bouillonne à l’intérieur et m’entends souffler tendrement à ma fille :

on commence un nouveau coloriage ?

 

Écrit par...

Mathilde

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