Ecrit par Christine Barras -
Les groupes de parole pour les parents, une démarche d’émancipation
Les groupes de parole pour les parents. Comment développer ses compétences parentales sans le recours à un expert...
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Christine Barras
Soumis par cbarras le mer 24/04/2013 - 10:59
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Personnages qui réfléchissent, ont des idées

La société traditionnelle privilégiait l’accès au savoir par une personne de référence qui guidait le débutant, à la façon du compagnonnage d’autrefois. Le savoir venait « d’en haut », il était dispensé par un expert.

 

Aujourd’hui, l’accès au savoir se fait par des chemins multiples. Les informations dispensées « d’en haut » se sont multipliées et dispensent des savoirs parfois contradictoires. Monde médical, psychologues, revues spécialisées, émissions télévisées, conférences, livres de spécialistes…. La liste est longue, et peut amener plus d’angoisse qu’elle n’en calme. Le groupe de parole est dans une dynamique inverse. Il favorise l’apprentissage et l’exercice de la réflexivité entre égaux, la personne apprend des autres autant qu’elle apprend d’elle-même. Le groupe de parole est un moyen démocratique et émancipatoire d’être un parent plus compétent, plus sûr de lui.

La philosophie des groupes de parole

Un groupe de parole reconnaît chez la personne la capacité à réfléchir sur ses stratégies, ses comportements, à les changer si c’est nécessaire, pour mettre en place une nouvelle organisation des routines et de nouvelles actions. Les discussions en groupe se fondent sur les expériences et les idées de chacun. L’approche est respectueuse des personnes, valorisant leurs ressources et leurs savoirs d’expérience. Le groupe de parole s’appuie sur un postulat : les parents, même les plus démunis, ont tous des compétences ; ils sont capables d’agir, de réagir et de créer. Le groupe n’est pas thérapeutique, ne permet pas de débat autour de cas relevant de la pathologie. Ce sont les péripéties ordinaires du métier de parent qui sont en toile de fond.

Le public visé

Le groupe peut s’ouvrir à toutes les familles qui le souhaitent. Certains groupes sont ciblés (parents d’enfants hyperactifs ou diabétiques, par exemple). C’est aux organisateurs de définir les conditions d’existence du groupe, notamment en fonction du lieu dans lequel il s’implante (maison de quartier, hôpital, crêche,..). Il est important d’éviter l’amalgame entre problème et incompétence éducative. La vulnérabilité est susceptibles de frapper toutes les familles, avec plus ou moins de vigueur, d’une façon plus ou moins durable. Le bien-être matériel ne satisfait pas à lui seul les besoins éducatifs, la pauvreté ne condamne pas à l’incompétence. Si l’enjeu du groupe de parole est d’aborder, de comprendre ou de traiter un problème, c’est aux méthodes mises en place avec succès par les parents eux-mêmes qu’il faut donner de l’importance.

Le groupe de parole met en débat l’histoire de la personne, qui va trouver l’occasion de se raconter. Il joue également sur la proximité géographique des participants. Les personnes vivant dans un même quartier se connaissent et ne sont pas toujours en de très bons termes. Il peut être délicat, face à ses voisins, de confier ses sentiments les plus intimes, tout ce qui touche et concerne sa famille. Lorsque les personnes ne se connaissent pas, la dynamique est différente. Après un moment de gêne, il est plus facile de se dévoiler parce que chacun sait que l’ensemble des participants poursuit le même but. Les lieux liés ou non à une institution, par exemple l’école, conditionnent l’animation des rencontres.

Le contenu

Le contenu des groupes de parole est amené par les parents eux-mêmes, qui posent leurs questions, relatent leurs expériences. Mais il faut un fil rouge, une armature théorique qui donne du sens aux rencontres. Le développement de la personne peut constituer une ligne de force, ou l’analyse transactionnelle, l’analyse systémique… A partir de cette ligne de force, les intervenants préparent un programme souple, en trois ou cinq rencontres par exemple, avec un objectif précis. Il peut s’agir de réfléchir aux moyens qui facilitent l’endormissement d’un enfant, de réfléchir à la façon dont un enfant porteur de handicap peut intégrer sa classe, d’organiser un événement réunissant les parents des enfants d’une crèche, d’aider son adolescent en étant attentif sans envahir son territoire,… Les rencontres font réfléchir les parents sur leurs pratiques ou proposent des pistes de solutions en évitant deux écueils : cristalliser un discours uniquement focalisé sur la plainte ou être un lieu de rencontre informelle autour d’une tasse de café. Il peut être utile de rédiger une synthèse de la rencontre, à remettre au début de la rencontre suivante, pour les personnes présentes et celles qui n’auraient pas pu venir.

Les questions pratiques

  • Le groupe va-t-il être un groupe de soutien pour des parents affectés d’un problème spécifique (présence d’un handicap, d’une maladie chronique, problèmes liés à la drogue ou à l’alcool, …) ? Va-t-il s’ouvrir à une thématique plus large (être parent ou grand-parent aujourd’hui, le dialogue avec l’école, les familles recomposées…) ?
  • Si les réunions sont gratuites, comment trouver un budget pour financer le projet ? Si elles sont payantes, ou partiellement financées, quelles sont les modalités à suivre ?
  • Quelle est la place du groupe de parole dans l’institution ? Est-ce qu’il s’agit d’une activité pour laquelle l’institution prévoit du temps, des moyens, ou alors d’une initiative privée à mener en plus de son travail ?
  • Quelle est la fréquence des rencontres, leur durée, leur horaire ? Au cours de la journée, ce sont généralement les mamans à la maison qui sont le plus réceptives. Des réunions organisées le soir permettent de rencontrer les parents qui travaillent.
  • Comment favoriser la visibilité du projet ? Qui va se charger de la création d’affiches, à situer dans des lieux stratégiques (maison communale, pharmacies, églises, écoles, cabinets de psychologues, de médecins, centres sportifs,…), ou de la rédaction d’articles dans la presse locale, de l’organisation de rencontres avec des professionnels de l’enfance, de la santé, de l’action sociale… ?

Pour conclure…

Un groupe de parole pour les parents peut s’inscrire dans un projet à large portée, mettant la famille au centre d’un processus liant les personnes, les institutions et la communauté. La question de la philosophie du projet est à débattre (qu’est-ce qu’on cherche, à travers le groupe ?), puis celle de la constitution du groupe, des modalités pratiques de son fonctionnement, et enfin des traces qu’il est amené à laisser (publier par exemple un article sur l’expérience du groupe de parole dans une revue locale). C’est de cette façon qu’il est utile aux parents.

barrasLes groupes de parole pour les parents. Comment développer ses compétences parentales sans le recours à un expert. Préface de Gérard Neyrand, Bruxelles, De Boeck, 2009

Contact : christinebarras2@hotmail.com 

 

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Christine Barras

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BARBON Jeanne-Marie
14 juin 2013

bonjour, J'habite le departement du Rhone, et avec d'autres parents , nous avons creer un groupe de paroles . Rapidement cela a deboucher sur les UPP (Universités Populaires de Parents) car nous avions beaucoup de choses a partager, sur la parentalité. Je trouve votre article tres interessant.
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